homélie

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Découvrez et méditez sur l'homélie de Mgr Hubert HERBRETEAU prononcée au monastère des Clarisses pour la journée de la Vie Consacrée.

Citations : Ex 3, 1-6.9-12 ; Ps 39 ; Mt 9 , 35-38

Chers amis, frères et soeurs,

« Priez donc le maître de la moisson ! » Prier, pourquoi et comment ? Il nous arrive parfois de nous lamenter. Nous prions très fort et avec beaucoup d’assiduité et Dieu semble sourd à nos appels, à nos besoins, à nos requêtes.

Lorsqu’il s’agit de la prière pour les vocations sacerdotales et religieuses, le doute nous envahit parfois. Depuis des années, nous demandons avec insistance que puissent éclore ces vocations et rien ne semble changer. Nous sommes toujours dans la même situation de pénurie. La prière serait-elle inefficace ? Serait-elle une manière de prendre notre mal en patience, de nous consoler à bon compte ?

« Priez donc le maître de la moisson ! » Cette prière, selon le passage de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre, revêt trois aspects : c’est une prière d’émerveillement, de demande et une prière tout entière tournée vers le Père.


Une prière d’émerveillement


Jésus dans une courte parabole dit à ses disciples que la moisson est abondante. Les champs sont mûrs pour la moisson. La Parole de Dieu est la semence que Jésus a répandue dans le monde. Qu’attendons-nous pour remercier le Maître de la moisson, son Père ?

L’abondance est évidente. Nous pouvons nous émerveiller de la vitalité de nos paroisses, rendre grâces pour les nombreuses initiatives au sujet de la nouvelle évangélisation, remercier le Seigneur pour le beau cheminement des jeunes confirmés, des catéchumènes adultes. Bien entendu, pour que la moisson soit abondante, il a fallu travailler la terre, trouver les bonnes conditions pour que la croissance spirituelle des personnes et des communautés puisse se réaliser.

Mais n’oublions jamais que « la croissance, c’est Dieu qui la donne », comme le dit saint Paul. Il en est de même pour toutes les missions que nous mettons en oeuvre. C’est la mission du Christ qui est première et nous sommes au service du Christ.

Est-ce que notre prière est suffisamment chant de louange, chant de remerciement pour le don généreux de Dieu dans sa Parole et ses sacrements ?

La réussite de nos actions pastorales vient du Père. Notre courage et notre dynamisme trouvent leur source dans cette conviction. Au moment de lancer de nouvelles réalisations, commençons par une prière d’action de grâce !


Une prière de demande


Viennent ensuite l’intercession, la demande et la supplication. Dans l’épisode que nous venons de lire, l’évangéliste évoque le regard de Jésus sur les foules « fatiguées et abattues » Méditons sur ce regard du Christ !

La moisson est abondante. Pourtant la joie de Jésus n’est pas totale. Les foules qui viennent à lui sont désespérées, marquées par des épreuves, sans repère, « comme des brebis sans bergers ». Les malades sont nombreux. Les petites gens ont besoin de quelqu’un qui les guide, les rassemble dans l’unité et prenne soin d’elles.

Aujourd’hui, la moisson est abondante, mais dans le champ du monde, il y a beaucoup de personnes en attente de bonheur, de paix, de dignité.

N’ayons pas peur de demander en disant : « Seigneur que ton règne vienne ! » ; « Seigneur donne-nous des pasteurs selon ton coeur ! Des pasteurs qui soient de véritables guides pour notre temps, qui favorisent la fraternité et qui proposent la guérison des âmes. » ; « Seigneur, donne-nous des religieux et des religieuses ! ».

Nous allons vivre en 2016, une année jubilaire de la miséricorde. Jésus le Christ est le visage de la miséricorde. En tant que disciples de Jésus, notre mission est de témoigner de la miséricorde de Dieu. Que notre prière de demande consiste à demander le courage du témoignage et la force d’agir auprès de ceux qui sont « fatigués et découragés », errants comme des brebis sans bergers.

La prière de demande est tout le contraire d’une attitude de passivité. Elle met au contraire en mouvement. Il s’agit, dit saint Ignace de Loyola, de « demander à Dieu sa grâce pour que toutes nos activités, toutes nos pensées soient purement ordonnées au service et à la louange du Seigneur. »


Une prière tournée vers le Père


Enfin, prier le Maître de la moisson, c’est se tourner vers le Père. Le Christ nous montre le chemin. Trois attitudes sont requises.

• Tout d’abord un grand sens de la grandeur de Dieu. Devant les champs prêts pour la moisson et l’arrivée des moissonneuses batteuses, comment ne pas murmurer : « Tu es grand Seigneur, Dieu de l’univers ». Comment ne pas dire : « Tu es béni Seigneur, Dieu de l’univers, toi qui nous as donné ce pain et ce vin, fruits du travail de l’homme… »

• Il faut ensuite s’en remettre à sa très « douce volonté » comme nous le chantons parfois. C’est le bon plaisir de Dieu qu’il nous faut respecter. Une prière tournée vers le Père est donc une prière d’abandon, de lâcher prise. S’agissant de la prière des vocations, l’abandon entre les mains du Père nous est nécessaire. Le Père continue d’appeler pour sa moisson, aujourd’hui comme hier.

Le petit mot prononcé par Moïse, « me voici », exprime parfaitement cet abandon. Les personnes totalement données à Dieu dans la vie consacrée savent ce ce qu’il représente : disponibilité, renoncement qui se traduit par les trois conseils évangéliques : obéissance, pauvreté et chasteté. « Me voici Seigneur tel que je suis avec mes faiblesses et mon péché ! Me voici dans la fidélité à ton nom.»

Enfin la prière tournée vers le Père est une prière d’espérance. Les demandes exprimées seront exaucées. Pas forcément dans l’immédiat et pas forcément comme nous pourrions l’imaginer. Pour l’instant il s’agit de croire à la fécondité de la prière, et de travailler avec ardeur dans le champ de Dieu.

Saint Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, utilise cette image : « Nous travaillons ensemble à l’oeuvre de Dieu, et vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu » (1 Co 3, 9).

Que cette eucharistie exprime donc la grandeur de de Dieu, notre abandon entre ses mains et l’espérance qui nous anime !

Amen !

Mgr Hubert HERBRETEAU
Monastère des Clarisses à Nérac, le samedi 4 juillet 2015

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